Hello. I'm posting this here, it was initially written in French so consider the English version for what it is : a translation. I'm posting both versions here. I hope you'll enjoy the one that suits you best.
Cheers :
English :
In his approach to LSD psychedelic psychotherapy, developed within his transpersonal psychology, Stanislav Grof speaks of psychospiritual death–rebirth for what countercultures and underground spaces call ego death, which seems to name a more radical version of ego dissolution. The phenomenon designates a place in experience where the very possibility of a Self is dissolved, or, quite simply, dies. What follows is a gradual return, very often struck with a daze on familiar terms with the sacred. The terminology may seem symbolic, even abstract; the absoluteness of the subjective experience has to be understood here. The experience of the real is the result of a particular arrangement of different parts of the brain, of the body, of our receptors, hormones and many other things besides. A negotiation. The experience of Self, of the biographical self but also of the place, the subject-place of experience, the place where one constitutes oneself as its subject: well, that place too is a negotiation. It too is the result of a particular arrangement of different parts of the brain, of the body, of our receptors, hormones, of our flesh and many other things besides. These places, we do not understand everything about them, not yet, and perhaps never. And yet today something seems to me obvious and heavy: ego death is not a metaphor, and its relative clinical efficacy, observed under controlled conditions by Grof and others (a marked reduction of addictive behaviours over six months, then a falling back), seems to show that, yes, something happens. Grof linked these experiences to what he called perinatal matrices, symbolic or experiential correspondences with the stages of birth, which follow annihilation and come with feelings of deep unity with the world and of immense inner peace. It is in this place, most likely, that many mystical tipping points occur. One meets something of God there, of the Divine, of the sublime. This place comes after death. It is a sentence I never thought I would write. It weighs. Its meaning has to be felt. It has none outside the most violent experiences, the ones that end, the ones whose aftermath we do not think, quite simply because it is impossible for us. They do not have a single extra heartbeat; they contain and complete, in a last breath that finishes saying everything else. My lips had been thrown against the floor. I knew nothing of before. There was no before. For several days I had been attempting something with ketamine. I joined her like a lover. Molecules and teacher plants are often women to me, I could not say why. There is no eroticism; there is sometimes seduction, sometimes there is motherhood, sometimes still there is the spiritual, the sacrament. I lay there. Something, something of an intention, or of an accident, had taken my bones away. Ketamine at high doses, for me, produces nothing of a path or a journey that would be separate from a real I could rejoin with a shrug, or from which I would be more or less easily able to remember how, or even why, I got here. No, here, I lay, in my boneless flesh, with my boneless arms, with my boneless fingers, and I had not the slightest idea how I had been thrown there, perhaps forever, like a heavy, damp sack. I no longer knew anything of myself, and yet I still was. I was not afraid, not yet; I felt the terror just at my edge, but it had no real hold on me yet. I tried to assess my situation, my possibilities. I looked at my hands, almost twisted, my fingers, which had nothing of mine left. I was going to die in the most grotesque way. Was I the only one in this situation? I was not capable of worrying about others. I read, a long time ago now, about the deliriums of datura. Here, I was not delirious; it was the world that was deliring me. My thoughts had every coherence, except that, there it was, my bones had been taken. I remember myself, on the floor, and I remember the ordinariness of everything else. That is it, that is where the horror lives. My flesh had nothing of fantasy or dream, my body had nothing of psychedelic sinuosities and their teachings. It lasted, I could not say how long. But it lasted. Before the terror could finish its work, here I am on my chair, and I live this return. I come back. I come back from who knows where, but I come back. I cross the places of birth and the daze of the sacrament they are on familiar terms with. Between these two moments, something else. I keep no memory of it.
Français:
Dans son approche de la psychothérapie psychédélique au LSD qu’il développe dans le cadre de sa psychologie transpersonnelle, Stanislav Grof parle de mort–renaissance psychospirituelle au sujet de ce que les contre-cultures et espaces underground appellent mort de l’égo, et qui semble dire comme une version plus radicale de la dissolution de l’égo. Ce phénomène désigne un endroit de l’expérience où la possibilité de Soi est dissoute, ou, tout simplement meurt. Il s’ensuit un retour graduel et très souvent frappé d’une hébétude qui tutoie le sacré. La terminologie peut sembler symbolique, ou même abstraite, il faut comprendre l’absolu de l’expérience subjective ici. L’expérience du réel est les résultats d’un agencement particulier de différentes parties du cerveau, du corps, de nos récepteurs, hormones et de bien d’autres choses encore. Une négociation. L’expérience de Soi, du soi biographique mais de l’endroit, aussi, de l’endroit-sujet de l’expérience, l’endroit où l’on se constitue comme sujet de celle-ci, eh bien, cet endroit est, lui aussi, une négociation. Il est, lui aussi, les résultats d’un agencement particulier de différentes parties du cerveau, du corps, de nos récepteurs, hormones, de nos chairs et de bien d’autres choses encore. Ces endroits, nous n’en comprenons pas tout, pas encore, et jamais peut-être. Malgré tout aujourd’hui quelque chose me semble évident et lourd, la mort de l’égo n’est pas une métaphore, et sa relative efficacité clinique observée en conditions contrôlées par Grof et d’autres (une réduction marquée des comportements addictifs sur six mois, puis un retour en arrière) semble montrer que, oui, quelque chose advient. Grof rattachait ces vécus à ce qu’il appelait des matrices périnatales, des correspondances symboliques ou expérientielles aux étapes de la naissance et qui succèdent à l’anéantissement accompagnées de sentiments d’unité profonde avec le monde et d’une immense paix intérieure. C’est à cet endroit, très probablement, que bien des bascules mystiques adviennent. On y rencontre quelque chose de Dieu, du Divin, du sublime. Cet endroit succède à la mort. C’est une phrase que, jamais, je n’aurais pensé écrire. Elle pèse. Il faut en sentir le sens. Elle n’en a pas en dehors des expériences les plus violentes, celles qui terminent, celles dont on ne pense pas la suite, tout simplement parce qu’elle nous est impossible. Elles n’ont pas le moindre battement de cœur supplémentaire, elles contiennent et achèvent, dans un dernier souffle qui finit de dire tout le reste. Mes lèvres avaient été jetées contre le sol. Je ne savais rien d’avant. Il n’y avait pas d’avant. Cela faisait plusieurs jours que je tentais quelque chose avec de la kétamine. Je la rejoignais comme une amante. Les molécules et les plantes maîtresses sont souvent des femmes pour moi, je ne saurais dire pourquoi. Il n’y a pas d’érotisme, il y a parfois de la séduction, parfois il y a de la maternité, parfois encore, il y a du spirituel, du sacrement. Je gisais. Quelque chose, quelque chose d’une intention, ou d’un accident, m’avait retiré mes os. La kétamine à forte dose, chez moi, ne produit rien d’un cheminement ou d’un voyage qui serait séparé d’un réel qu’il me suffirait de rejoindre d’un haussement d’épaule, ou depuis lequel je serais, plus ou moins facilement capable, de me souvenir de comment ou même pourquoi je suis arrivé ici. Non, ici, j’y gisais, dans mes chairs sans os, avec mes bras sans os, avec mes doigts sans os et je n’avais pas la moindre idée de comment j’avais été jeté là et peut-être pour toujours comme un sac humide et lourd. Je ne savais plus rien de moi, pourtant, j’étais encore. Je n’avais pas peur, pas encore, je sentais la terreur juste à l’orée de moi mais elle n’avait encore pas véritablement de prise. Je tentais d’évaluer ma situation, mes possibles. Je regardais mes mains, presque tordues, mes doigts et qui n’avaient plus rien des miens. J’allais mourir de la façon la plus grotesque. Étais-je le seul dans cette situation ? Je n’étais pas capable de m’inquiéter pour d’autres. J’ai lu, il y a longtemps maintenant, à propos des délires de la datura. Ici, moi, je ne délirais pas, c’est le monde qui me délirait. Mes pensées avaient tout de la cohérence sauf que voilà, on m’avait pris mes os. Je me souviens de moi, sur le sol, et je me souviens de l’ordinaire de tout le reste. C’est cela, c’est par là que l’horreur habite. Mes chairs n’avaient rien du fantasme ou du rêve, mon corps n’avait rien des sinuosités psychédéliques et de leurs enseignements. Cela a duré, je ne saurais dire combien de temps. Mais cela a duré. Avant que la terreur ne finisse son œuvre me voilà sur ma chaise, et je vis ce retour. Je reviens. Je reviens d’on ne sait où mais je reviens. Je traverse les lieux de la naissance et l’hébétude du sacrement qu’ils tutoient. Entre ces deux moments, quelque chose d’autre. Je n’en garde aucun souvenir.
Cheers :
English :
In his approach to LSD psychedelic psychotherapy, developed within his transpersonal psychology, Stanislav Grof speaks of psychospiritual death–rebirth for what countercultures and underground spaces call ego death, which seems to name a more radical version of ego dissolution. The phenomenon designates a place in experience where the very possibility of a Self is dissolved, or, quite simply, dies. What follows is a gradual return, very often struck with a daze on familiar terms with the sacred. The terminology may seem symbolic, even abstract; the absoluteness of the subjective experience has to be understood here. The experience of the real is the result of a particular arrangement of different parts of the brain, of the body, of our receptors, hormones and many other things besides. A negotiation. The experience of Self, of the biographical self but also of the place, the subject-place of experience, the place where one constitutes oneself as its subject: well, that place too is a negotiation. It too is the result of a particular arrangement of different parts of the brain, of the body, of our receptors, hormones, of our flesh and many other things besides. These places, we do not understand everything about them, not yet, and perhaps never. And yet today something seems to me obvious and heavy: ego death is not a metaphor, and its relative clinical efficacy, observed under controlled conditions by Grof and others (a marked reduction of addictive behaviours over six months, then a falling back), seems to show that, yes, something happens. Grof linked these experiences to what he called perinatal matrices, symbolic or experiential correspondences with the stages of birth, which follow annihilation and come with feelings of deep unity with the world and of immense inner peace. It is in this place, most likely, that many mystical tipping points occur. One meets something of God there, of the Divine, of the sublime. This place comes after death. It is a sentence I never thought I would write. It weighs. Its meaning has to be felt. It has none outside the most violent experiences, the ones that end, the ones whose aftermath we do not think, quite simply because it is impossible for us. They do not have a single extra heartbeat; they contain and complete, in a last breath that finishes saying everything else. My lips had been thrown against the floor. I knew nothing of before. There was no before. For several days I had been attempting something with ketamine. I joined her like a lover. Molecules and teacher plants are often women to me, I could not say why. There is no eroticism; there is sometimes seduction, sometimes there is motherhood, sometimes still there is the spiritual, the sacrament. I lay there. Something, something of an intention, or of an accident, had taken my bones away. Ketamine at high doses, for me, produces nothing of a path or a journey that would be separate from a real I could rejoin with a shrug, or from which I would be more or less easily able to remember how, or even why, I got here. No, here, I lay, in my boneless flesh, with my boneless arms, with my boneless fingers, and I had not the slightest idea how I had been thrown there, perhaps forever, like a heavy, damp sack. I no longer knew anything of myself, and yet I still was. I was not afraid, not yet; I felt the terror just at my edge, but it had no real hold on me yet. I tried to assess my situation, my possibilities. I looked at my hands, almost twisted, my fingers, which had nothing of mine left. I was going to die in the most grotesque way. Was I the only one in this situation? I was not capable of worrying about others. I read, a long time ago now, about the deliriums of datura. Here, I was not delirious; it was the world that was deliring me. My thoughts had every coherence, except that, there it was, my bones had been taken. I remember myself, on the floor, and I remember the ordinariness of everything else. That is it, that is where the horror lives. My flesh had nothing of fantasy or dream, my body had nothing of psychedelic sinuosities and their teachings. It lasted, I could not say how long. But it lasted. Before the terror could finish its work, here I am on my chair, and I live this return. I come back. I come back from who knows where, but I come back. I cross the places of birth and the daze of the sacrament they are on familiar terms with. Between these two moments, something else. I keep no memory of it.
Français:
Dans son approche de la psychothérapie psychédélique au LSD qu’il développe dans le cadre de sa psychologie transpersonnelle, Stanislav Grof parle de mort–renaissance psychospirituelle au sujet de ce que les contre-cultures et espaces underground appellent mort de l’égo, et qui semble dire comme une version plus radicale de la dissolution de l’égo. Ce phénomène désigne un endroit de l’expérience où la possibilité de Soi est dissoute, ou, tout simplement meurt. Il s’ensuit un retour graduel et très souvent frappé d’une hébétude qui tutoie le sacré. La terminologie peut sembler symbolique, ou même abstraite, il faut comprendre l’absolu de l’expérience subjective ici. L’expérience du réel est les résultats d’un agencement particulier de différentes parties du cerveau, du corps, de nos récepteurs, hormones et de bien d’autres choses encore. Une négociation. L’expérience de Soi, du soi biographique mais de l’endroit, aussi, de l’endroit-sujet de l’expérience, l’endroit où l’on se constitue comme sujet de celle-ci, eh bien, cet endroit est, lui aussi, une négociation. Il est, lui aussi, les résultats d’un agencement particulier de différentes parties du cerveau, du corps, de nos récepteurs, hormones, de nos chairs et de bien d’autres choses encore. Ces endroits, nous n’en comprenons pas tout, pas encore, et jamais peut-être. Malgré tout aujourd’hui quelque chose me semble évident et lourd, la mort de l’égo n’est pas une métaphore, et sa relative efficacité clinique observée en conditions contrôlées par Grof et d’autres (une réduction marquée des comportements addictifs sur six mois, puis un retour en arrière) semble montrer que, oui, quelque chose advient. Grof rattachait ces vécus à ce qu’il appelait des matrices périnatales, des correspondances symboliques ou expérientielles aux étapes de la naissance et qui succèdent à l’anéantissement accompagnées de sentiments d’unité profonde avec le monde et d’une immense paix intérieure. C’est à cet endroit, très probablement, que bien des bascules mystiques adviennent. On y rencontre quelque chose de Dieu, du Divin, du sublime. Cet endroit succède à la mort. C’est une phrase que, jamais, je n’aurais pensé écrire. Elle pèse. Il faut en sentir le sens. Elle n’en a pas en dehors des expériences les plus violentes, celles qui terminent, celles dont on ne pense pas la suite, tout simplement parce qu’elle nous est impossible. Elles n’ont pas le moindre battement de cœur supplémentaire, elles contiennent et achèvent, dans un dernier souffle qui finit de dire tout le reste. Mes lèvres avaient été jetées contre le sol. Je ne savais rien d’avant. Il n’y avait pas d’avant. Cela faisait plusieurs jours que je tentais quelque chose avec de la kétamine. Je la rejoignais comme une amante. Les molécules et les plantes maîtresses sont souvent des femmes pour moi, je ne saurais dire pourquoi. Il n’y a pas d’érotisme, il y a parfois de la séduction, parfois il y a de la maternité, parfois encore, il y a du spirituel, du sacrement. Je gisais. Quelque chose, quelque chose d’une intention, ou d’un accident, m’avait retiré mes os. La kétamine à forte dose, chez moi, ne produit rien d’un cheminement ou d’un voyage qui serait séparé d’un réel qu’il me suffirait de rejoindre d’un haussement d’épaule, ou depuis lequel je serais, plus ou moins facilement capable, de me souvenir de comment ou même pourquoi je suis arrivé ici. Non, ici, j’y gisais, dans mes chairs sans os, avec mes bras sans os, avec mes doigts sans os et je n’avais pas la moindre idée de comment j’avais été jeté là et peut-être pour toujours comme un sac humide et lourd. Je ne savais plus rien de moi, pourtant, j’étais encore. Je n’avais pas peur, pas encore, je sentais la terreur juste à l’orée de moi mais elle n’avait encore pas véritablement de prise. Je tentais d’évaluer ma situation, mes possibles. Je regardais mes mains, presque tordues, mes doigts et qui n’avaient plus rien des miens. J’allais mourir de la façon la plus grotesque. Étais-je le seul dans cette situation ? Je n’étais pas capable de m’inquiéter pour d’autres. J’ai lu, il y a longtemps maintenant, à propos des délires de la datura. Ici, moi, je ne délirais pas, c’est le monde qui me délirait. Mes pensées avaient tout de la cohérence sauf que voilà, on m’avait pris mes os. Je me souviens de moi, sur le sol, et je me souviens de l’ordinaire de tout le reste. C’est cela, c’est par là que l’horreur habite. Mes chairs n’avaient rien du fantasme ou du rêve, mon corps n’avait rien des sinuosités psychédéliques et de leurs enseignements. Cela a duré, je ne saurais dire combien de temps. Mais cela a duré. Avant que la terreur ne finisse son œuvre me voilà sur ma chaise, et je vis ce retour. Je reviens. Je reviens d’on ne sait où mais je reviens. Je traverse les lieux de la naissance et l’hébétude du sacrement qu’ils tutoient. Entre ces deux moments, quelque chose d’autre. Je n’en garde aucun souvenir.